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Panneaux verts

Un enfant passe entre des panneaux transparents teintés en vert sur le Malecon, la promenade qui longe la rivière Guayas à Guayaquil, en Équateur.

Cela ressemble à un autre « moment décisif » car l’enfant en mouvement a été figé lorsqu’il était exactement au centre des panneaux, donnant une belle symétrie à l’image. La première pensée qui vient à l’esprit est de considérer que quelques secondes plus tôt ou plus tard, l’enfant ne serait plus là.

Mais d’un point de vue plus ample, je ne peux m’empêcher de voir en cet enfant le symbole de notre humanité, laquelle – je l’espère – continuera à être présente durant de nombreux siècles et millénaires.

Les panneaux, par ailleurs, sont uniquement présents pour montrer les noms des pouvoirs politiques et financiers qui ont pris part à la rénovation du Malecon. Et ces pouvoirs sont tous temporaires, ils seront tous oubliés longtemps avant l’humanité.

Une photographie peut révéler plus que ce qui est perçu à première vue. Elle peut être lue comme un symbole, avoir des lectures différentes, car elle est composée de plusieurs strates. Comme l’aventurier et écrivain français Antoine de Saint-Exupéry l’a écrit dans Le petit Prince, l’essentiel est invisible aux yeux.

Dans une photographie, la présence artistique et philosophique ne se trouve jamais dans ce qui est visible. Il faut aller plus loin, plus au fond, oser s’approcher de l’invisible et arriver à y pénétrer. Là, au cœur de l’image, chacun trouvera une signification différente. Mais pour le percevoir, il nous faut auparavant conquérir le centre de notre propre labyrinthe et l’emplir de lumière. Nous devons marcher sur les traces de Thésée, dont la hache devient une torche après qu’il ait tué le Minotaure, dans le mythe inoen.

Le Minotaure est cette partie de nous même qui ne nous permet pas d’ouvrir nos ailes et d’agir comme un véritable être humain.

Le tuer nous permet d’apporter la lumière dans l’obscurité et ainsi de rendre visible l’invisible, de se libérer des illusions de la caverne, les illusions de l’impermanence. À ce moment, les « Panneaux Verts » deviennent transparent et tout ce qui reste est l’enfant, le futur de notre humanité.